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Tout comme lors de la Croisière noire, les objectifs d'André Citroën et de Georges-Marie Haardt sont de démontrer leur supériorité technique à organiser et accomplir

un raid dans des conditions difficiles et où personne auparavant n'a réussi. Il s'agit même, lors de la Croisière jaune, de concevoir une expédition encore plus
audacieuse. Cette troisième expédition serait le moyen de témoigner de la réussite des hommes, mais surtout de l'automobile, à « abolir les frontières géographiques, culturelles et politiques dans le monde »

Pas moins de trois ans ont été nécessaires pour mettre au point cette nouvelle expédition.

Deux groupes sont constitués pour parcourir des itinéraires différents. Le groupe « Pamir », dirigée par Haardt et Audouin, part de Beyrouth et voyage d'ouest en est, et le groupe « Chine », dirigé par Point, part de Tianjin, voyageant d'est en ouest. Les deux groupes doivent se retrouver au Xinjiang4, et se diriger ensemble vers Pékin

Le groupe Chine, qui prit le départ de son périple, le 6 avril 1931 à Tientsin, connut auparavant de nombreux problèmes. Le premier bouleversement a lieu dès le début de l’expédition. Les poulies des bandes de roulements des autochenilles étant mal ajustées, le stock de pièces détachées emporté par le groupe est épuisé alors qu’ils n’ont pas encore atteint Pékin. À leur arrivée dans la capitale chinoise, Victor Point est obligé de faire appel à André Citroën pour qu’il leur envoie de nouvelles pièces par chemin de fer. Le 24 avril, la muraille de Chine est à portée de vue du groupe, au niveau de Kalgan, où les nouvelles pièces détachées ainsi que la délégation chinoise qui doit rejoindre l’expédition, les attendent. Les pièces détachées sont présentes à temps alors que la délégation chinoise n’arrive que le 24 mai, retardant ainsi la progression du groupe Chine vers la Mongolie11.
Le 27 mai, Point et son équipe atteint le désert de Gobi, roulant dans le sable à près de 100 km/jour, soit une vitesse dix fois supérieure à celle des caravanes habituelles. Néanmoins, la progression du groupe est stoppée net le 2 juin, en raison d’une violente tempête de sable, puis le 6 juin, lors de l’explosion d’un bidon d’essence sous l’effet de la chaleur. Les réserves de carburant des autochenilles leur permettaient de parcourir seulement 200 km alors que le point de ravitaillement suivant se situait à 400 km. Point et Petro sont obligés d’effectuer un détachement afin de ramener suffisamment d’essence aux autochenilles.

Par chance, les réserves n’ont pas été touchées par les intempéries. C’est ainsi que le 15 juin 1931, les neuf autochenilles et leurs passagers entrent à Suchow11.

Troubles dans la région du Sin-Kiang

Ce n’est que cinq jours plus tard que le groupe atteint la frontière du Sin-Kiang. Victor Point est régulièrement tenu au courant, tout au long de leur progression, de troubles survenus dans la région. Le 28 juin, le groupe atteint l’oasis de Hami, où des maisons sont en feu et des villages entiers abandonnés. Des combats entre chinois et musulmans éclatèrent dans la région. Les membres de l’expédition sont, comme l’explique Lefèvre, « témoin de scène de barbarie et de cruauté, rappelant le temps des hordes de Genghis Khan11 ». Par ailleurs, Victor Point dut subir à plusieurs reprises des frictions avec la délégation chinoise qui remettait en cause son autorité.

Bien que l’oasis soit sous contrôle gouvernemental, il n’en est pas de même de la cité de Hami. Dès leur arrivée dans la ville, le chef de garnison les informe qu’il a reçu l’ordre du maréchal King Shu-Jen, gouverneur général du Sin-Kiang, de stopper la progression de l’expédition et d’escorter les membres sous bonne garde vers Ürümqi. Le maréchal a ainsi rompu le sauf-conduit accordé au début de l’expédition, sous le motif que « des scènes de combats offensantes pour la dignité chinoise » ont été filmées et photographiées. La véritable raison de cette « prise d’otages » est que le maréchal King n’a pas reçu les trois Citroën promises.

Elles ont été emmenées par des rebelles. C’est donc le 1er juillet que les membres quittent Hami, en traversant la « terrible cuvette de Turfan » pour atteindre Urumqi le 19 juillet. Pour éviter que l’on ne se saisisse des autochenilles, Point fait démonter les plaques des chenilles11.

Victor Point comprend très vite que sans aide extérieure, le groupe risque de demeurer en arrestation tant que les guerres civiles ne seraient pas terminées, soit des dizaines d’années. Afin de prévenir discrètement le groupe Pamir de la situation et éviter que ce dernier ne se lance dans la région Sin-Kiang qui leur était désormais interdite, ils imaginent un moyen habile d’émettre un signal radio codé en morse. Le groupe prétend alors devoir célébrer le centenaire de la Troisième République le 24 juillet, leur permettant ainsi d’ériger leur antenne radio en la dissimulant en mât des couleurs pour hisser le drapeau français.

Lorsque les gardes se demandent quelles sont les raisons du démarrage d’un moteur en pleine nuit, le groupe rétorque que le gramophone nécessite de l’électricité pour fonctionner. C’est ainsi que Haardt, dans le groupe Pamir, prend des nouvelles de la situation le 4 août12. Le disque utilisé par le groupe pour couvrir les bruits de radio fut la célèbre chanson "Parlez-moi d'amour", enregistrée par
Lucienne Boyer en 1930.

Réunion des deux groupes

La situation du maréchal King est très tendue. Très vite isolé de la capitale chinoise en raison de la coupure des lignes télégraphiques, la région subit de très nombreux affrontements sino-musulmans, dont l’issue est souvent favorable aux musulmans. Près de 8 000 soldats chinois sont ainsi tués par les insurgés, mettant le maréchal King dans une mauvaise posture. Grâce à ce bouleversement de la
situation, le maréchal requiert l’aide des français. Le 20 août, il s’adresse au groupe Chine : « Bien que vos autorisations aient été annulées par Nankin, je suis prêt à permettre à votre chef Monsieur Haardt d’entrer au Sin-Kiang mais à la condition que vous mettiez à notre disposition votre opérateur radio pour nous aider à rétablir des communications avec la capitale ». Le 6 septembre, quatre autochenilles sont autorisées à quitter Hami afin de rejoindre Haardt à Aksou12.

Le 8 octobre, le groupe Pamir et les quatre autochenilles lancées à son encontre, se réunissent dans le village d’Islam-Bai, à quelques kilomètres d’Aksou. Le 27 octobre, l’expédition est pour la première fois depuis le début de la mission, entièrement réunie à Ürümqi. Il ne restait donc plus qu’aux groupes d’obtenir l’autorisation de King pour continuer leur progression. Néanmoins, King tarde à fournir cette autorisation, étant trop préoccupé par ses fonctions de gouverneur.

Haardt s’inquiète alors de devoir continuer l’expédition pendant l’hiver si bien qu’il décide d’entamer l’isolation des autochenilles ainsi que la confection de vêtements appropriés au climat, avec du feutre et des peaux de moutons12. King avait par ailleurs exigé que les Citroën promises lui soient à nouveau envoyés. C’est donc lorsque ces trois automobiles de remplacement arrivent le 20 novembre 1931 que les négociations entre Haardt et King purent reprendre. La semaine suivante voit la libération définitive de l’expédition et de ses membres. Cinq mois ont été inutilement perdus à Ürümqi13.

Les inquiétudes de Haardt sur le climat sont fondées. Le froid du plateau de Mongolie et du désert de Gobi est tel, que les soupes gèlent en quelques minutes, que l’eau versée dans les radiateurs des autochenilles, bien que bouillante, n’est pas encore assez chaude, obligeant le groupe à laisser tourner les moteurs de peur qu’ils ne redémarrent plus. Par ailleurs, malgré les températures, les réparations des autochenilles sont nécessaires alors que les pièces de métal
peuvent atteindre des températures de 30 degrés en dessous de zéro.

Le 12 février 1932, la mission atteint enfin sa destination finale, Pékin. Là, la plupart des européens vivant dans la capitale chinoise accueille les explorateurs.

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